Capucine, la loutre qui jouait à cache-cache
Environ 9 à 10 minutes à voix haute

Très loin de Crécy-la-Chapelle, une jeune loutre suivait une rivière qu’elle ne connaissait pas encore.
Elle s’appelait Capucine.
Elle était curieuse.
Très curieuse.
Chaque détour lui donnait envie de découvrir ce qui se cachait derrière le suivant.
Elle nageait.
Elle jouait.
Elle disparaissait sous l’eau.
Puis ressortait quelques mètres plus loin, comme si la rivière était un immense terrain de cache-cache.
— Tu es encore là ? demanda un vieux saule.
Capucine plongea.
Quelques secondes plus tard, seule une petite série de bulles remontait à la surface.
Le saule sourit.
— Je crois que oui…
Les jours passèrent.
La rivière devenait de plus en plus calme.
Les arbres se penchaient davantage vers l’eau.
Les oiseaux étaient nombreux.
Les roseaux dansaient doucement au vent.
Un matin, Capucine aperçut un panneau posé près d’un chemin.
Elle ne savait pas lire.
Mais deux promeneurs s’arrêtèrent juste à côté.
— Regarde, dit l’un d’eux.
Nous arrivons à Crécy-la-Chapelle.
Capucine répéta tout bas :
— Crécy…
Le nom lui plut immédiatement.
Elle continua sa route.
Le Grand Morin serpentait tranquillement entre les jardins.
Les vieux ponts se reflétaient dans l’eau.
Les passerelles semblaient relier les arbres autant que les berges.
— Quel bel endroit…, murmura-t-elle.
Au même moment, Filo aperçut une ombre qu’il ne connaissait pas.
Elle nageait vite.
Très vite.
Puis…
plus rien.
Elle avait disparu.
— Hector !
Le héron leva doucement la tête.
— Oui ?
— J’ai vu quelque chose.
— Quoi donc ?
— Je ne sais pas.
Une ombre.
Avec des moustaches.
Et elle a disparu.
Hector regarda longtemps la rivière.
— Alors attendons.
Quelques minutes plus tard…
PLOUF !
Une tête ronde surgit juste derrière lui.
— Bonjour !
Hector sursauta.
Ce qui était extrêmement rare.
— Tu m’as fait peur.
La petite loutre éclata de rire.
— C’est mon jeu préféré !
— Faire peur aux hérons ?
— Non.
Jouer à cache-cache.
Filo arriva en nageant.
— Qui es-tu ?
— Capucine.
— Tu habites ici ?
La loutre regarda autour d’elle.
Les arbres.
Les brassets.
Les vieux ponts.
Les reflets.
Puis elle répondit :
— Je ne sais pas encore.
Les trois amis partirent en promenade.
Enfin…
Capucine partait.
Puis disparaissait.
Puis revenait.
Puis replongeait.
À chaque fois, Filo croyait l’avoir perdue.
À chaque fois, elle ressortait derrière lui.
— Tu fais exprès !
— Bien sûr !
Ils passèrent sous une vieille passerelle en bois.
Capucine plongea.
Elle ne revint pas.
Une minute.
Puis deux.
Puis trois.
Filo commença à s’inquiéter.
— Capucine ?
Aucune réponse.
Rosalie arriva en sautillant.
— Qu’est-ce qu’il se passe ?
— Elle a disparu.
Rosalie regarda la rivière.
— Elle joue.
— Tu crois ?
Au même instant…
Deux petites pattes apparurent derrière Gaston.
— Bouh !
Le canard fit un bond si spectaculaire qu’il éclaboussa tout le monde.
Même Rosalie éclata de rire.
— Tu es vraiment très forte à cache-cache.
Capucine fit une révérence.
— Merci.
Le soleil montait doucement.
Martin traversa la rivière comme une flèche bleue.
Mademoiselle Plume avançait paisiblement entre les roseaux.
Tous remarquèrent la nouvelle venue.
— Qui est-ce ? demanda Gaston.
— Capucine.
— Elle habite ici ?
Capucine regarda le courant.
Puis les arbres.
Puis le ciel.
— Peut-être un jour.
Cette réponse fit sourire Hector.
Elle ressemblait beaucoup à la rivière.
Jamais pressée.
Jamais certaine de son prochain détour.
Toute la journée, Capucine joua.
Elle glissait sous les branches.
Passait derrière les vieux pieux.
Réapparaissait près d’un pont.
Puis disparaissait encore.
Les enfants qui se promenaient au bord du Grand Morin auraient adoré la voir.
Mais justement…
Elle était beaucoup trop douée pour se cacher.
Le soir arriva.
Le ciel prit une couleur dorée.
Les étoiles commençaient à apparaître.
Capucine s’assit sur une vieille pierre.
— Votre rivière est belle.
— Notre rivière ? demanda Filo.
Elle est un peu la tienne aussi maintenant.
La loutre sourit.
— Peut-être.
— Tu resteras ?
Capucine leva les yeux vers les premières étoiles.
— Les rivières choisissent parfois leurs habitants.
Et parfois…
…ce sont les habitants qui choisissent leur rivière.
Personne ne répondit.
Le Grand Morin continuait de couler doucement.
Comme s’il gardait la réponse pour lui.
Le lendemain matin, Capucine avait disparu.
Filo la chercha partout.
Sous les passerelles.
Près des roseaux.
Le long des jardins.
Rien.
Seulement quelques traces humides sur une pierre.
Hector s’approcha.
— Tu crois qu’elle est partie ?
Le héron regarda le courant.
— Ou bien elle joue encore.
Depuis ce jour-là, les habitants du Grand Morin racontent parfois qu’une petite ombre glisse entre les reflets avant de disparaître.
Personne n’est jamais tout à fait d’accord.
Certains disent que ce n’est qu’un jeu de lumière.
D’autres parlent d’un poisson très rapide.
Quelques-uns assurent avoir aperçu une longue queue disparaître sous une passerelle.
Et lorsqu’un enfant demande :
— Est-ce qu’il y a vraiment une loutre à Crécy ?
Les habitants sourient.
Ils répondent toujours la même chose.
— Nous ne le savons pas.
Mais si un jour tu en aperçois une…
…demande-lui si elle s’appelle Capucine.
Il se pourrait bien qu’elle te réponde…
…avant de disparaître à nouveau.
Car personne, dans toute la vallée du Grand Morin, n’a jamais réussi à gagner une partie de cache-cache contre elle.
